Éloge de la différence ou comment peut-on encore être Persan?

Je viens de finir la lecture de deux ouvrages intéressants, l’un assez récent, l’autre relativement ancien.  Il s’agit :

  1. De l’ouvrage collectif «Legenre humain : la science face au  racisme » écrit entre autres par Albert Jacquard qui vient de quitter ce monde et d’autres auteurs tels que François Jacob, Léon Poliakov, Charles Frankel, Colette Guillaumin, etc. Il a été publié en 1986;
  2. De l’essai de Condorcet sur «Réflexions sur l’esclavage des Nègre», publié en 1781, soit pendant le Siècle des lumières.

Le premier montre avec force arguments que le racisme ne repose absolument sur aucun fondement scientifique, quelle que soit la science (biologie, sociologie ou sociobiologie, histoire, craniologie, anthropobiologie, etc) suivant laquelle on voudrait le justifier, quels qu’en soeint les aspects : sociaux, économiques, politiques, intellectuels; quant au second, il démontrait avec une fine et convaincante et surprenante argumentation pour le temps, que l’esclavage d’un être humain, particulièrement des Noirs ne se justifiait d’aucune manière et qu’il fut un crime contre l’humanité.

Cependant et au quotidien, enfoncés dans nos identités, nos spécificités, nos particularités et nos certitudes, faceà l’autre un tant soi peu différent, nous nous posons toujours la fameuse question que Montesquieu mit dans la bouche d’un gentilhomme français, en présence pour la première fois d’un sujet de l’empire perse dans ses «Lettres persanes», publiées en 1721:

«Comment peut-on être Persan?»  Ou comment peut-on être différent?  Il faut beaucouop de courage pour surmonter nos réticences envers les autres.  Et même avec les moyens de communication modernes qui sont censés nous réunir tous en un seul grand village, ces réticences persistent auprès de majorité de nos semblables.  A quelques rares exceptions près, nous allons volontairement à la rencontre de l’autre et l’accueillons comme un autre nous-même, un alter ego.

En effet, tout ce qui est différent est soit menaçant, soit insignifiant. Dans tous les cas, nous nous en méfions instinctivement  et nous en protégeons par tous les moyens possibles, y compris par toutes formes de manœuvres discriminatoires, ségrégationnistes, racistes, xénophobes et marginalisatrices. Sans exception, d’une manière ou d’une autre, toutes les sociétés, tous les pays du monde les pratiques, ouvertement ou subrepticement, dans un domaine ou dans un autre.  Elles s’appellent népotisme, clanismes, tribalismes, ethnismes, régionalismes,  apartheid, racismes, etc.  Aujourd’hui encore, Naomi Campbell et Iman, deux très célèbres mannequins internationaux, se plaignent du racisme dans le monde de la mode, en 2013!  Et  le conseil de la publicité du Canada dénonçait cette semaine le peu de diversité qui peut se constater dans les annonces publicitaires d’un pays de plus en plus divers.

Mais le fait est que nous sommes tous des humains, quelles que soient nos caractéristiques physiques, physiologiques, culturelles, notre degrée de «civilisation», nos convictions religieuses, philosophiques, politiques, etc.  Cependant, les façons de devenir humain sont différentes d’une société à l’autre, d’une région, d’un pays ou d’un continent à l’autre.  L’histoire d’un Américain WASP bon teint, anthropologue de haut niveau qui vécut parmi les Yanomami du Vénézuela pendant 15 ans, finit par épouser une fille de la tribu qui n’étant jamais sortie de son Amazonie natale, et dont la civilisation ne dépassait  certainement pas l’âge de la pierre, témoigne sans aucun doute de notre commune humanité. En effet, ces deux êtres vivant dans des environnements technologiques complètement différents eurent trois enfants ensemble.

De toutes les manières, ce sont les différences, la diversité qui constituent notre richesse. Imaginons un monde où nous serions tous semblables des pieds à la tête, dans nos goûts, nos désirs, notre apparence physique, notre taille, notre poids, nos pensées et nos aspirations. Ce serait un monde terne, sans intérêt, sans relief, sans surprises, sans couleurs, sans saveurs.

«L’ennui, dit le poète, naquit un jour de l’uniformité».

Alors, que vivent les différences!

1) «Le genre humain : La science fac au racisme». Charles  Frankel, Albert Jacquard et autres.  Paris, éditions Complexe, 1986.

2) Réflexions sur l’esclavage des Nègres», suivi de «Premier et deuxième mémoire sur l’instruction publique». Paris, Le Mionde-Flammarion, 2009.

3 thoughts on “Éloge de la différence ou comment peut-on encore être Persan?

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